Changer la mobilité en changeant la destination

« Un peuple qui doit supporter des transports sur de longues distances est saigné à blanc » dit une traduction de l’Art de la guerre de Sun Tsu. Il s’agit d’un contexte particulier, celui d’une campagne militaire, mais l’idée est valable pour tout type d’entreprise : l’acheminement de matériel, d’équipes, prend du temps et coûte de l’argent. C’est le cas aussi pour les salariés d’une entreprise qui doivent se déplacer pour prendre leur poste de travail.

Etat des lieux des transports pour se rendre au travail.

Les Français prennent 50 minutes par jour pour aller et revenir du travail selon une étude de la DARES. Pour les Franciliens, c’est même 68 minutes, alors que les distances sont moins importantes, les routes étant congestionnées. Ivan Illich écrivait dans La Convivialité que « les véhicules créent plus de distance qu’ils n’en suppriment » et cela se vérifie.

Encore 74% des Français se rendent au travail en voiture, alors même que, selon l’INSEE, les dépenses pour l’automobile représentent 80% des dépenses de transports des ménages. Si l’on se rappelle que le temps perdu dans les bouchons représente une perte sèche de 17 milliards d’euros par an, on comprend bien qu’il y a quelque chose d’absurde à dépenser autant d’énergie.

Plus de 75% de la population française travaille maintenant dans le secteur tertiaire, selon l’INSEE et, pour une part, l’activité est largement numérique. A quoi bon se rendre à plusieurs dizaines de kilomètres de son lieu de résidence pour se connecter à Internet ? Nos ordinateurs sont portables,le WiFi, la 4G, le haut débit présents dans plus en plus de territoires, les documents que nous utilisons sont de plus en plus dématérialisés et les réunions de plus en plus souvent à distance.

Le lieu de travail n’est pas l’entreprise.

La réponse aux bouchons et au réchauffement climatique ne peut pas être unique. Les horaires aménagés peuvent en partie réduire les congestions automobiles. Mais décentraliser les zones de travail permettrait aussi de mieux organiser les territoires.

L’article L1214-8-2 du Code des transports, qui entrera en application au 1er janvier 2018 et qui encadre les Plans de Mobilité sur les sites d’entreprise de plus de 100 salariés, donne la possibilité aux entreprises de modifier l’organisation du travail et de recourir au télétravail. Les tiers-lieux et espaces de coworking, de plus en plus utilisés, peuvent aider à cela. Ils évitent aux entreprises d’inspecter les domiciles des collaborateurs pour la mise en place du télétravail et aux salariés d’avoir des espaces dédiés chez eux.

Ce même article du code des transports prévoit de mieux recourir au vélo et à la marche. Il est probable que les temps de trajets entre le domicile et le lieu travail ne diminueront pas. Comme l’indiquait un rapport de l’INSEE il y a quelques années, « la vitesse augmente mécaniquement car l’allongement des parcours routiers hors des voies congestionnées permet d’aller plus vite, mais à durée de transport croissante« . L’inverse sera probablement aussi vrai : seules les distances finiront par diminuer. Alors, certes, en déplaçant les lieux de travail, en pouvant y accéder à pied ou à vélo, en 25 minutes aussi, on restera toujours éloigné de son domicile mais ce sera bien meilleur pour nos poumons et la planète… et cela permettra aux salariés d’avoir en plus une meilleure activité physique.

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Philippe Couzon

Community Manager chez Coovia
La réduction de gaz à effet de serre doit s'accompagner d'une augmentation de notre qualité de vie.

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