Le téléphérique urbain, nouveau sésame pour la mobilité des agglomérations ?

En décembre 2016, Toulouse annonçait officiellement le prestataire technique retenu pour la construction et la maintenance de son téléphérique urbain. Sa mise en service fera de Toulouse la deuxième ville en France après Brest à se doter de cette infrastructure comme moyen de transport en commun. Nous en avons parlé dans notre article sur l’histoire des transports en commun toulousains.

Téléphérique urbain, révolution ou recyclage ?

Le téléphérique urbain, aussi appelé transport urbain par câble, regroupe l’ensemble des systèmes de transport ayant recours au câble pour assurer la traction des véhicules en ville. Funiculaires et tramways à traction par câble font donc aussi partie de cette catégorie : tout de suite, on a bien plus en tête des images d’Épinal que la projection holographique d’un véhicule futuriste !

Deux téléphériques existent déjà en milieu urbain en France depuis bientôt 60 ans : celui de Grenoble, inauguré en 1934, et celui de Toulon datant de 1959. Bien que transportant plusieurs milliers de personnes par an, leur vocation demeure avant tout touristique. Pourquoi alors un tel engouement de la population et des médias au moment de l’inauguration par Brest de son téléphérique le 19 novembre dernier, dont les deux nacelles ont été présentées comme “les premières en France à fonctionner en milieu urbain” ?

En fait, ce téléphérique a ceci de “nouveau” qu’il est accessible avec un simple ticket de transport en commun : il est donc rattaché au réseau de transports en commun de la ville, notamment au niveau tarifaire. De plus, il repose sur des technologies bien plus modernes que ses cousins du XXe siècle : verre opacifiant à l’aide de cristaux liquides, batteries de super-capacité qui utilisent en montée l’énergie produite en descente, câbles de très haute technologie permettant aux cabines de passer l’une au-dessus de l’autre au lieu de se croiser.

La capacité du téléphérique de Brest est aussi bien plus imposante que ses prédécesseurs citadins : 1850 personnes par jour, d’où sa légitimité à faire partie du “mix mobilité” des agglomérations.

Mais pourquoi un téléphérique ??

Les villes avaient déjà le métro, le tram, le bus, les vélos : pourquoi se tourner vers le téléphérique ?

  • Tout d’abord, il y a l’aspect “franchissement” : pour passer une rivière, des autoroutes ou gravir une montagne, le téléphérique est très pratique. Ce n’est pas pour rien que les stations de ski l’ont adopté depuis longtemps !
  • Le coût : comparativement, construire un téléphérique est bien moins cher qu’un pont pour franchir un cours d’eau. Les travaux de conception sont également plus légers et donc moins onéreux que pour un tram ou un métro.
  • L’aspect environnemental : fonctionnant à l’électricité, le téléphérique est considéré comme un mode “propre”, qui ne génère pas d’émissions polluantes. Il est économe en énergie puisqu’il consomme trois fois moins qu’un tramway, cinq fois moins qu’un bus, et dix fois moins qu’une voiture.
  • Les nuisances : le téléphérique urbain possède un impact faible sur le plan sonore, visuel et spatial. A Toulouse par exemple, il sera soutenu par seulement 5 pylônes électriques au sol, fera peu de bruit (60 dB, soit l’équivalent d’une conversation entre deux personnes ou d’une douche le matin) et transportera jusqu’à 35 passagers dans 14 cabines.
  • Le temps de transport : à l’instar du métro, le téléphérique n’a pas à composer avec des feux, croisements ou autres contraintes de circulation. Relier un point A à un point B peut donc se faire rapidement ! L’exploitant du réseau de transport toulousain Tisséo estime à 10 minutes le temps pour parcourir les 3 futures stations de téléphérique, avec un départ toutes les 1 minute 30.
  • Le fun ! Peut-être en raison de leur encore relative rareté, les téléphériques urbains représentent une attraction touristique pour les villes. A Brest, les cabines ovales du téléphérique offrent une vue à 360 degrés sur la ville, sa rade, son port, son château du XVIIe siècle, sa base militaire et les Capucins. Un hublot placé au sol permet même de voir la rivière Penfeld, 70 mètres plus bas. Un argument que Berlin a bien compris, elle qui s’apprête à inaugurer son téléphérique, qui surplombera les bucoliques Jardins du Monde, lors du Salon International des Jardins (IGA Berlin 2017) pas plus tard que… ce jeudi ! 😉

En France, la loi de 2009 issue du Grenelle de l’environnement et la loi de transition énergétique pour la croissance verte adoptée à l’été 2015, encouragent désormais ce mode de transport. L’ordonnance de novembre 2016 sur les transports urbains par câble a permis de lever les difficultés liées aux règles de survol des terrains privés. Le contexte est donc favorable, comme le montrent les projets actuellement à l’étude dans plusieurs villes, notamment à Orléans, Chambéry, Grenoble et Créteil. La voiture volante souvent annoncée pour prendre possession de nos airs se retrouve maintenant face un concurrent à la fois plus réaliste et plus collectif, le téléphérique urbain.

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Murielle Renard

Responsable de Communication chez Coovia

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